Géostratégie de la France dans le Sahel

Le président Macron a annoncé récemment la fin de l’intervention militaire française dans la région du Sahel, ou en tous cas une réduction drastique de ses effectifs présents sur place.

Rappelons que bien après les Indépendances, l’Armée de la France a continué d’intervenir sur le continent africain depuis désormais une cinquantaine d’année. Cette présence avait pour but originel de défendre ses ressortissants vivant dans région, mais aussi de protéger ses investissements économiques et les exploitations minières dont l’importantissime uranium qui est puisé au Niger et qui alimente l’énergie électrique de l’hexagone.

Avec la mort d’Idriss Déby Itno sur le champ de bataille, c’est une autre recomposition géopolitique qui s’est formée dans la zone du Sahel. Le maréchal décédé a été succédé par son général de Fils Mahamat Idriss Déby, lequel préside un Conseil militaire de transition (CMT) mis en place pour une durée de dix-huit mois, et qui promet après cette échéance d’organiser des élections libres, ouvertes et transparentes. Le même scénario s’est produit au Mali avec l’irruption du colonel Assimi Goïta, auteur de deux coups d’Etat en l’espace de neuf mois seulement. Il s’est fait porter à la tête du pays le 7 juin dernier, nommant un Premier ministre de consensus et promettant le retour du pouvoir aux civils après une période de transition qui s’achèvera début 2022.

La zone du Sahel, qui est constituée de ces deux pays mais aussi du Niger, de la Mauritanie et du Burkina Faso, est en proie à des rebellions djihadistes qui visent à prendre le contrôle de cette région par les armes. Les objectifs avoués de ces « terroristes » étant d’instaurer un état islamique comme cela a été vu au Levant en 2014, mais surtout d’y faire régner de nouveaux us culturels, vestimentaires, éducationnels, moraux, religieux, etc. Il ne s’agit donc pas de projets d’assassinats pour attirer l’attention des médias, mais réellement de faire prospérer un califat où pourrait être appliquée la charia et d’autres formes de lois islamiques.
Face à ces contestataires armés, les gouvernements en place répondent très souvent par de la fragilité institutionnelle. Les Armées nationales sont par exemple moins bien structurées que l’organisation des mercenaires. Les soldats réguliers sont parfois moins bien payés, et les soldes voire les primes ne leur sont pas toujours reversées comme prévu. Les militaires de ces régions sont le plus souvent de bons guerriers comme au Tchad, mais il leur est reproché leur manque de discipline, leurs mauvais comportements lors de certaines opérations (viols, pillages, etc) et une hiérarchie qui n’est pas tout le temps bien organisée.
Bref, des sortes d’armées mexicaines.

Le Tchad constitue pourtant l’un des alliés les plus fiables de la France dans le paysage, ce qui explique le déplacement personnel d’Emmanuel Macron à N’Djamena lors des obsèques d’Idriss Déby Itno. C’est l’un des rares pays à pouvoir mener à bien des opérations militaires hors de son territoire. C’est ainsi qu’il a pu intervenir au Niger et au Cameroun pour repousser les combattants de Boko Haram lorsque ceux-ci avaient osé préparer des attaques depuis son territoire, dans le bassin du Lac Tchad. Le Tchad occupe une position géostratégique du fait de son caractère central. Son implication aux côtés de SERVAL a été d’une aide très précieuse, d’ailleurs le Tchad demeure le pays où la France a perdu le plus de soldats depuis près d’un demi-siècle qu’elle intervient militairement dans la région.

La mort d’Idriss Déby Itno a causé un grand coup d’instabilité sur le territoire. Car l’ancien président était non seulement un vaillant chef de guerre, mais aussi et surtout un véritable stratège politique. Il n’hésitait pas à critiquer ses alliés occidentaux lorsqu’il se trouvait en désaccord, notamment il a clairement exprimé son désaccord quant à la perpétuation du franc CFA. Il a protesté contre la France et ses pays amis pour avoir mené une intervention en Libye, laquelle a abouti à l’assassinat de Mouammar Kadhafi et donc à la déstabilisation de tout le Sahel. Comme un symbole, l’attaque qui a coûté la vie au président Déby a été menée par une offensive qui provenait justement de la Libye.

En se retirant militairement, la France espère ainsi impliquer davantage les Africains dans le combat contre le djihadisme extrémiste, mais aussi elle souhaite que les Occidentaux s’impliquent également sur les affaires de la sous-région. C’est d’ailleurs sous son influence que l’Allemagne, qui ne s’intéressait pas au Sahel, a commencé à mener des investissements sérieux dans un pays comme le Niger. La politique française veut également que l’invention ne soit plus seulement militaire, mais qu’il y ait un appui très important en termes économiques et logistiques, afin que la région soit assistée dans son processus de développement. Car l’une des causes du recrutement facile des djihadistes c’est le chômage, la sous-scolarisation, le favoritisme, la corruption, etc.
Barkhane espère donc céder la main à des contingents africains plus expérimentés et plus professionnels, malgré le manque de moyens des armées locales qui n’ont pas assez d’équipements sophistiqués pour surveiller toute la région.

L’Union africaine ne représente pas un poids conséquent pour mettre un terme à la mauvaise gouvernance dans la région. Elle n’a pas pu s’opposer aux coups d’Etat au mali, et elle est restée spectatrice de la transmission héréditaire du pouvoir au Tchad, au grand dam de la volonté constitutionnelle.
L’Union européenne, par contre, essaie de faire changer les choses en conditionnant son appui financier sur la base d’habitudes de bonne gouvernance. Elle souhaite ainsi que ceux des dirigeants qui alimentent ce business soient retirés des affaires, ou du moins qu’ils cessent d’actionner les leviers de la rébellion. Il faudra également professionnaliser les armées comme indiqué plus haut, notamment en établissant la transparence dans les opérations, la traçabilité des financements, une bonne gestion des ressources humaines, une hiérarchie bien structurée, etc. Car les difficultés rencontrées par ces soldats sont également dus à certains problèmes de gouvernances qui sont rapidement exploités par les forces armées adverses.

Sur ce qui concerne la Russie, son influence dans la région du sahel n’est pas si étendue qu’on veut bien le faire croire. Moscou a une légère présence en Centrafrique, mais c’est uniquement pour y protéger ses intérêts gaziers. On accuse aussi Poutine de financer des médias anti-français comme la télévision Afrique Média, mais ce sont là des accusations qui n’ont pas encore de preuve matérielle. Mais il reste vrai que si la Russie n’a aucun intérêt stratégique à s’investir dans la région, quelques actions de communication y sont menées dans le simple but de perturber le rayonnement de la France, et non pour occuper militairement ce territoire. Elle a aussi proposé un armement de grande envergure aux états africains lors du dernier sommet Russie-Afrique. L’ex-URSS possède donc une influence moindre dans la région, et elle s’en contente. Au même titre que les pays arabes comme l’Arabie saoudite qui imposent leur langue et leur culture dans les écoles mauritaniennes, mais qui n’affiche actuellement aucune velléité d’occupation de l’espace.

Enfin, la France est prise entre deux feux : trop intervenir et être taxée de néo-colonialiste, ou alors ne pas intervenir et être taxée de non-interventionniste. Elle est le pays occidental qui a perdu le plus d’hommes dans la région, avec de engagement de huit ans pour la force Barkhane et une soixantaine de soldats morts au combat. L’opération coûte également cher au contribuable français, avec un budget global d’environ 1 milliard d’euros pour chaque année.
Le démantèlement progressif de ce convoi est donc un revirement de stratégie pour revoir les nouvelles dispositions de la coopération France-Afrique. Mais il reste que les problématiques posées par le terrorisme au sahel continuent de demeurer un véritable casse-tête pour la France et ses alliés.


Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

doualatour@yahoo.fr

Publié par

DoualaTour

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